Mon parcours professionnel
Quand le yoga m’a conduite vers la science
Si l’on me demande aujourd’hui comment je suis devenue yogathérapeute clinicienne, beaucoup s’attendent à une réponse simple.
Ils imaginent souvent un parcours classique : des études en médecine, puis une spécialisation en yoga.
Mon histoire est tout autre.
En réalité, tout a commencé par le yoga.
J’ai commencé à enseigner très jeune, il y a plus de trente ans. Dès mes premiers cours, une question revenait sans cesse :
Pourquoi certaines personnes changent-elles profondément grâce au mouvement, alors que d’autres, en reproduisant exactement les mêmes exercices, obtiennent très peu de résultats ?
Cette question est devenue le fil conducteur de toute ma vie professionnelle.
Je ne voulais pas seulement apprendre des postures.
Je voulais comprendre pourquoi elles agissent.
Pourquoi une respiration peut modifier la posture.
Pourquoi certaines douleurs diminuent lorsque le mouvement change.
Pourquoi le corps semble parfois retrouver spontanément des capacités qu’il avait perdues.
Pourquoi le cerveau apprend.
Et pourquoi, parfois, il cesse d’apprendre.
C’est cette curiosité qui m’a conduite vers les études de médecine vétérinaire.
Ce choix surprend souvent.
Pourtant, il était parfaitement logique.
La médecine vétérinaire offre une formation extrêmement complète en anatomie, physiologie, neurologie, biomécanique, développement embryonnaire et adaptation des organismes vivants.
Étudier différentes espèces m’a permis de dépasser une vision uniquement centrée sur l’être humain.
J’ai découvert que, malgré leur extraordinaire diversité, les organismes vivants obéissent aux mêmes grandes lois biologiques.
Le système nerveux apprend.
Les tissus s’adaptent.
Le mouvement modifie les fonctions.
L’organisme cherche en permanence un nouvel équilibre.
Cette compréhension comparative a profondément influencé ma manière d’observer le corps humain.
Quelques années plus tard, une nouvelle étape de ma vie a commencé avec mon installation au Canada.
J’ai alors choisi de reprendre des études universitaires en kinésiologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
Cette formation a représenté un véritable tournant.
Les intuitions développées au fil de nombreuses années d’enseignement du yoga ont trouvé un langage scientifique.
J’y ai approfondi la biomécanique, le contrôle moteur, la physiologie de l’exercice, la neurophysiologie et les sciences de la réadaptation.
Peu à peu, deux univers que l’on oppose souvent se rejoignaient naturellement : celui du yoga traditionnel et celui de la science moderne du mouvement.
Par la suite, mon travail dans différents programmes de réadaptation, notamment auprès de Santé Canada ainsi que dans des programmes universitaires de l’UQAM, m’a permis d’accompagner des personnes âgées, des patients ayant subi un accident vasculaire cérébral (AVC), ainsi que des personnes vivant avec un lymphœdème et d’autres limitations fonctionnelles.
Ces années de pratique clinique ont profondément transformé ma manière d’enseigner.
J’ai compris qu’une belle posture ne constitue jamais un objectif thérapeutique.
En revanche, retrouver la capacité de marcher sans peur, de respirer librement, de se relever d’une chaise, de retrouver son équilibre ou simplement de reprendre confiance en son propre corps peut transformer une vie.
C’est au contact de ces personnes que ma vision de la yogathérapie s’est construite.
Aujourd’hui, je ne considère plus le yoga comme une succession de postures.
Je le vois comme une science du mouvement humain.
Une discipline capable de dialoguer avec la médecine, la kinésiologie, les neurosciences et la réadaptation fonctionnelle.
C’est cette vision qui a donné naissance à l’École Sarasvati.
Une école où la tradition du yoga rencontre les connaissances scientifiques contemporaines.
Une école où chaque pratique repose sur une compréhension approfondie de l’anatomie, de la biomécanique, de la physiologie, de la douleur chronique, de la neuroplasticité et des capacités extraordinaires d’adaptation du corps humain.
Plus j’avance dans ce parcours, plus je suis convaincue que le véritable rôle d’un enseignant n’est pas de montrer des postures complexes.
Son rôle est d’aider chaque personne à retrouver le plaisir de bouger, la confiance dans son corps et la liberté de vivre pleinement.
Car, au fond, c’est cette question qui continue de guider toutes mes recherches depuis plus de trente ans :
Comment le mouvement peut-il devenir un véritable outil de transformation et de réadaptation ?
Et je crois que nous n’en sommes encore qu’au début de cette formidable aventure scientifique et humaine.
Mes engagements professionnels
Au fil de mon parcours, quelques principes sont devenus essentiels dans ma manière d’enseigner et d’accompagner les personnes.
Chaque personne est unique.
Il n’existe pas de pratique universelle valable pour tous. L’âge, l’histoire du corps, les douleurs, les blessures, les peurs, les objectifs et les capacités de chacun doivent être respectés.
La science et la tradition ne s’opposent pas.
Le yoga porte une sagesse ancienne. La science moderne nous aide à mieux comprendre comment le mouvement, la respiration, l’attention et la régulation du système nerveux influencent la santé.
Le mouvement devient thérapeutique lorsqu’il est adapté.
Un mouvement mal choisi peut augmenter la peur ou la douleur. Un mouvement juste, progressif et sécurisant peut devenir un outil puissant de réadaptation.
La douleur mérite d’être comprise avant d’être combattue.
La douleur n’est pas seulement un symptôme à faire disparaître. Elle est aussi un message du système nerveux, du corps et parfois de toute l’histoire de la personne.
Mon rôle n’est pas d’imposer une forme.
Mon rôle est d’aider chaque personne à retrouver son propre mouvement, son rythme, sa respiration, sa stabilité et sa confiance.
C’est avec cette vision que j’ai fondé l’École Sarasvati : un espace où le yoga, la kinésiologie, la science du mouvement et l’expérience humaine se rencontrent au service de la santé, de l’autonomie et de la qualité de vie.


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