Quand le mouvement devient une rencontre avec soi
Nous associons souvent une séance de yoga à une succession de postures à réaliser.
Nous cherchons parfois à aller plus loin, à tenir plus longtemps, à gagner en souplesse ou à réussir une forme qui nous semblait auparavant inaccessible.
Mais le mouvement peut-il nous apporter autre chose?
Peut-il devenir un moyen de mieux comprendre notre corps, de retrouver une sensation de stabilité et, peut-être, de nous rapprocher de nous-mêmes?
C’est précisément là que commence le travail fonctionnel.
Qu’est-ce qu’un mouvement fonctionnel?
Un mouvement fonctionnel n’est pas simplement un exercice.
C’est un mouvement qui aide le corps à retrouver sa capacité naturelle à bouger avec plus de liberté, de stabilité et d’efficacité.
Notre corps est conçu pour marcher, se pencher, se relever, s’asseoir, tourner, respirer et s’adapter continuellement à son environnement.
Pourtant, au fil des années, notre manière de bouger se transforme.
Les longues heures en position assise, le stress, les anciennes blessures, la fatigue, les habitudes posturales et les mouvements répétitifs modifient peu à peu l’organisation du corps.
Certains muscles travaillent constamment.
D’autres participent de moins en moins au mouvement.
Le corps commence alors à développer des compensations afin de continuer à fonctionner malgré les déséquilibres.
Ces adaptations sont souvent intelligentes et nécessaires. Mais lorsqu’elles s’installent durablement, elles peuvent entraîner une surcharge de certaines articulations, une perte de mobilité, une diminution de la stabilité, des tensions persistantes ou une sensation de raideur.
Le travail fonctionnel ne cherche donc pas uniquement à rendre le corps plus fort.
Il cherche à lui apprendre à mieux répartir l’effort.
Il ne s’agit pas de faire plus, mais de bouger autrement
Dans une pratique fonctionnelle, le nombre de postures réalisées n’est pas l’objectif principal.
Ce qui importe, c’est la qualité du mouvement.
Comment le pied entre-t-il en contact avec le sol?
Comment le bassin s’organise-t-il lorsque nous marchons ou nous relevons?
Comment la colonne vertébrale participe-t-elle au mouvement?
Est-ce que la respiration reste libre?
Est-ce que certaines parties du corps fournissent beaucoup plus d’effort que nécessaire?
En ralentissant le mouvement, nous pouvons commencer à observer ces détails.
Nous découvrons alors que la difficulté ne vient pas toujours d’un manque de force ou de souplesse. Elle peut également venir d’un manque de coordination, d’une mauvaise répartition des charges ou d’une stratégie de protection devenue automatique.
Le corps ne demande pas toujours davantage d’effort.
Il demande parfois davantage d’écoute.
Comment la yogathérapie enrichit-elle le mouvement fonctionnel?
À l’École Sarasvati, le travail fonctionnel est associé à la yogathérapie clinique.
Cette approche permet de considérer la personne dans son ensemble: sa posture, sa respiration, son équilibre, ses habitudes de mouvement, son niveau de fatigue, son histoire corporelle et l’état de son système nerveux.
Nous ne cherchons pas simplement à renforcer un muscle isolé.
Nous cherchons à comprendre comment les différentes parties du corps collaborent entre elles.
Nous ne travaillons pas seulement l’équilibre physique.
Nous développons aussi la capacité à retrouver un appui intérieur.
Nous ne corrigeons pas le corps contre sa volonté.
Nous lui proposons de nouvelles possibilités.
Le mouvement devient alors un processus d’apprentissage.
À travers des exercices progressifs, le cerveau et le corps explorent de nouvelles façons de se coordonner. Peu à peu, les gestes peuvent devenir plus précis, plus fluides et moins coûteux en énergie.
L’objectif n’est pas d’atteindre une posture parfaite.
L’objectif est de retrouver un mouvement vivant, adaptable et respectueux des besoins réels du corps.
Le rôle essentiel du système nerveux
Il est difficile de transformer durablement notre manière de bouger lorsque nous vivons dans un état constant de précipitation ou de vigilance.
Lorsque le système nerveux perçoit une menace, réelle ou anticipée, le corps se prépare à se protéger.
La respiration devient souvent plus courte.
Certaines zones se contractent.
Le mouvement perd en fluidité.
L’attention se déplace vers l’extérieur, à la recherche de ce qu’il faut contrôler ou éviter.
C’est pourquoi une pratique fonctionnelle ne devrait pas être uniquement mécanique.
Elle peut également créer les conditions nécessaires pour que le corps se sente suffisamment en sécurité pour apprendre.
À l’École Sarasvati, les mouvements sont accompagnés par une attention douce à la respiration, aux sensations et à l’expérience intérieure.
Nous ne forçons pas le corps à changer.
Nous lui donnons le temps d’explorer.
Lorsque la respiration devient plus calme et que l’attention revient dans le corps, le mouvement peut progressivement se libérer de certaines tensions inutiles.
La pratique devient alors plus profonde, même lorsque les exercices paraissent simples.
Une méditation en mouvement
La méditation n’existe pas uniquement dans l’immobilité.
Elle peut aussi naître au cœur du mouvement.
Lorsque nous ressentons précisément le contact du pied avec le sol, la mobilité de la colonne, le déplacement du poids ou le rythme de la respiration, nous cessons momentanément d’agir de façon automatique.
Nous revenons dans l’expérience présente.
Le mouvement n’est plus seulement quelque chose que nous exécutons.
Il devient quelque chose que nous habitons.
Cette qualité d’attention transforme la pratique.
Une flexion devient une exploration.
Un transfert de poids devient une recherche d’équilibre.
Une respiration devient un passage entre le monde extérieur et l’espace intérieur.
La pratique ne nous éloigne plus de nous-mêmes dans la recherche d’une performance.
Elle nous ramène vers ce que nous ressentons réellement.
Retrouver la confiance dans son propre corps
De nombreuses personnes vivent leur corps comme une source de contraintes.
Elles ont peur de certains mouvements.
Elles anticipent la douleur.
Elles se sentent limitées par leur raideur, leur fatigue ou leur manque de force.
Le travail fonctionnel associé à la yogathérapie permet progressivement de reconstruire une relation différente avec le corps.
Nous apprenons à reconnaître nos limites sans nous y enfermer.
Nous découvrons que la stabilité ne signifie pas la rigidité.
Que la force ne signifie pas la tension.
Que la mobilité ne consiste pas à aller toujours plus loin.
Et que le repos n’est pas un échec, mais une partie essentielle de l’adaptation.
Peu à peu, une autre sensation peut apparaître: celle d’un corps qui ne doit plus être constamment corrigé, contrôlé ou combattu.
Un corps que nous pouvons écouter.
Un corps avec lequel nous pouvons collaborer.
Quand la pratique devient une rencontre avec soi
Au début, nous venons souvent à une séance pour soulager une douleur, améliorer notre posture, retrouver de la mobilité ou nous sentir plus forts.
Puis, quelque chose d’autre se produit.
Les mouvements deviennent plus légers.
La respiration retrouve davantage d’espace.
L’attention se stabilise.
Nous commençons à reconnaître les moments où nous forçons, où nous nous contractons ou où nous perdons le contact avec nous-mêmes.
Et cette conscience dépasse progressivement le cadre du tapis.
Elle nous accompagne lorsque nous marchons, travaillons, nous reposons ou traversons une période difficile.
Le véritable changement ne consiste peut-être pas à faire davantage.
Il consiste à apprendre à être présent dans ce que nous faisons.
Le mouvement fonctionnel devient alors plus qu’une méthode d’entraînement.
Il devient une manière de revenir vers son corps, de retrouver une stabilité intérieure et de rétablir un dialogue parfois oublié.
À l’École Sarasvati, nous envisageons la pratique comme un espace où l’anatomie, la biomécanique, la respiration, la yogathérapie et la conscience du mouvement se rencontrent.
Parce que lorsque le corps bouge avec intelligence et que l’attention reste présente, une séance peut cesser d’être simplement un entraînement.
Elle devient une rencontre avec soi.


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